Cul Sec se livre aujourd’hui à une périlleuse archéologie musicale, du coté du territoire maudit des has-been et autres ringards que le tribunal de l’histoire et de la hype a irrémédiablement condamnés, ceux que JAMAIS vous n’oseriez écouter, de peur de devoir vous-même subir l’excommunication culturelle.
Votre serviteur s’évertuera à faire éclater la frontière entre le « in » et le « out », l’alpha et l’oméga de l’auditeur frileux délaissant le goût de la culture pour la culture du « bon goût », cet immonde prêt-à-penser du conformisme mondain irriguant de ses évidences moyennes les conversations de cocktail.
Cet article est pour vous, qui ne vous êtes jamais demandé pourquoi vous vous flattiez d’aimer Gainsbourg – quel génie, n’est-ce pas – sans jamais avoir écouté L'Histoire de Melody Nelson ; pour vous, qui ignorez pourquoi vous êtes « plutôt nietzschéen » sans que votre connaissance de l’auteur ne dépasse les quatrièmes de couverture de Michel Onfray : pour vous tous, qui connaissez tout sans n’y connaître rien.
Ainsi, loin des artifices de l’entre-soi mondain où la culture ne vaut que comme sésame, prenons le temps d’écouter l’inécoutable, un temps loin du diktat du goût moyen, pour y redécouvrir les merveilles oubliées de notre patrimoine. Cours de rattrapage, fermez votre Télérama et prenez des notes.
Ainsi, loin des artifices de l’entre-soi mondain où la culture ne vaut que comme sésame, prenons le temps d’écouter l’inécoutable, un temps loin du diktat du goût moyen, pour y redécouvrir les merveilles oubliées de notre patrimoine. Cours de rattrapage, fermez votre Télérama et prenez des notes.
Aujourd’hui donc, première séance consacrée à Eddy Mitchell, chantre du rock français injustement boudé par les « connaisseurs ». Parfaitement.
Mais je vous vois venir.
J’imagine que votre connaissance du bonhomme se limite à quelque uns de ses titres les plus misérables tels que « Le cimetière des éléphants » ou « Couleur menthe à l’eau », et que vous vous sentez en bon droit, au vu de ces pièces à conviction, de ricaner niaisement à la simple évocation de son nom, pour vous associé à la pathétique image du vieux rocker français accroché à son anachronique rêve d’Amérique. Ou tout au plus vous vous autorisez à pousser la chansonnette sur un de ses tubes, complètement bourré le samedi soir, avec le « second degré » qui seul puisse expliquer qu’un homme de goût tel que vous puisse fréquenter ce genre de produit culturel déclassé.
Et bien sachez mes chers amis que Eddy Mitchell – parfaitement – a compté parmi les chanteurs les plus élégants des sixties françaises, et surclasse largement tous les ringards – cette fois authentiques – auxquels il se trouve fallacieusement associé.

Oui mais voilà.
Les Français sont des porcs.
Le chanteur ne vend plus d’albums, le public n’a pas suivi. S’ensuit une traversée du désert, relativement courte puisque Eddy Mitchell regagnera le top 50 en 1974, avec des chansons cette fois taillées pour la FM. Il semblera ensuite avoir retenu la leçon, puisqu’il ne sortira plus que de la daube – ou peu s’en faut, qui s’écoulera à des centaines de milliers d’exemplaires. L’histoire oubliera les années 65-69, et Eddy Mitchell se verra consacré au panthéon des ringards. Grandeur et décadence d’un artiste perdu au pays de Johnny.
En attendant, et pour vous élever définitivement jusqu'à la vérité éternelle, deux vidéos du Schmoll : "Chacun pour soi" extrait de l'album De Londres à Memphis, et "Toujours un coin qui me rappelle", titre archi connu mais jamais vraiment écouté, sublime adaptation du "(There's) Always Something There to Remind Me" de Burt Bacharach (la version de Mitchell est ma préférée). Amen.
*Titre dont une superbe reprise par un jeune groupe bourré de talent est disponible ici.
Mais je vous vois venir.
J’imagine que votre connaissance du bonhomme se limite à quelque uns de ses titres les plus misérables tels que « Le cimetière des éléphants » ou « Couleur menthe à l’eau », et que vous vous sentez en bon droit, au vu de ces pièces à conviction, de ricaner niaisement à la simple évocation de son nom, pour vous associé à la pathétique image du vieux rocker français accroché à son anachronique rêve d’Amérique. Ou tout au plus vous vous autorisez à pousser la chansonnette sur un de ses tubes, complètement bourré le samedi soir, avec le « second degré » qui seul puisse expliquer qu’un homme de goût tel que vous puisse fréquenter ce genre de produit culturel déclassé.
Et bien sachez mes chers amis que Eddy Mitchell – parfaitement – a compté parmi les chanteurs les plus élégants des sixties françaises, et surclasse largement tous les ringards – cette fois authentiques – auxquels il se trouve fallacieusement associé.
Si Eddy Mitchell se fait bien connaitre du grand public au sein de la bande des crétins du Golf Drouot, les abominables « yéyés », il se détache rapidement du courant, sentant bien que sa destinée l’appelle vers des contrées moins fangeuses.
Première rupture en 1963 : Eddy rompt avec les Chaussettes Noires, son premier groupe, et se lance en solitaire. Sortie en 1965 de l’album Du Rock’n Roll au Rhythm’n Blues, dont le titre explicite annonce la vision nouvelle du chanteur. Fini les « Be Bop a lula » et autres « awop-bop-allubop-allop-pam-boom », Eddy à senti quelque chose : il faut cesser de singer Elvis, et faire du Rhythm’n Blues à la Française . Rien de moins. L’opus contient quelques belles tentatives, comme « Je ne veux pas le croire », très beau morceau de grande pop chiadée à l’ancienne, ou encore « Si tu n’étais pas mon frère », sorte de western-rock dynamité. On regrettera cependant l’interprétation encore trop blaguesque, qui dénote certaines difficultés à se démarquer de la variété. Mais la révolution est bel et bien en marche.1967. Eddy Mitchell accouche enfin de son manifeste. De Londres à Memphis se place dans les bacs entre Adamo et Sheila, et nous livre une fournée de titres soul à la française qui sonnent comme autant d’anomalies alors que le «Comme d’habitude» de Claude François englue les ondes. Mais quelles anomalies parbleu! Il faut avoir écouté au moins une fois dans sa vie « Chacun pour soi », « Je n’avais pas signé de contrat »*, ou « Toi sans moi », avant de parler de l’indigence du rock hexagonal.
Tout ici dans les arrangements, le son, les paroles, la composition, fait mentir la prétendue différence quasi-ontologique entre les Anglo-Saxons et la France en matière de rock. Eddy Mitchell maîtrise parfaitement l’héritage des grands maîtres du genre, et s’offre en plus le luxe de le transfigurer en lui offrant une touche française pleine de raffinement. Quel type formidable! Pour finir, évoquons le climax, l’apogée de ce grand chanteur plein de panache.
Tout ici dans les arrangements, le son, les paroles, la composition, fait mentir la prétendue différence quasi-ontologique entre les Anglo-Saxons et la France en matière de rock. Eddy Mitchell maîtrise parfaitement l’héritage des grands maîtres du genre, et s’offre en plus le luxe de le transfigurer en lui offrant une touche française pleine de raffinement. Quel type formidable! Pour finir, évoquons le climax, l’apogée de ce grand chanteur plein de panache.

Olympia 1969. Le must, l’absolu, la panacée. Un live époustouflant durant lequel Eddy donne aux titres de 1967 une dimension nouvelle. Plus rapide, plus soul, le lion rugit porté par de profondes lignes de basse dignes de la Tamla, une batterie frénétique et tabassante aux roulements orgiaques, et une section cuivre des plus élégantes. La variété et les « yéyés » sont loin, et Eddy Mitchell tutoie les plus grands.
Oui mais voilà.
Les Français sont des porcs.
Le chanteur ne vend plus d’albums, le public n’a pas suivi. S’ensuit une traversée du désert, relativement courte puisque Eddy Mitchell regagnera le top 50 en 1974, avec des chansons cette fois taillées pour la FM. Il semblera ensuite avoir retenu la leçon, puisqu’il ne sortira plus que de la daube – ou peu s’en faut, qui s’écoulera à des centaines de milliers d’exemplaires. L’histoire oubliera les années 65-69, et Eddy Mitchell se verra consacré au panthéon des ringards. Grandeur et décadence d’un artiste perdu au pays de Johnny.
Vous sentez de lourds sanglots monter dans votre gorge, vous vous sentez coupables à présent d’avoir craché sur ce que votre médiocrité à contribué à créer, et vous avez raison. Allez donc racheter vos péchés, portez la bonne parole, et faites connaitre Eddy Mitchell, prophète incompris du rhythm’n'blues à la française.
*Titre dont une superbe reprise par un jeune groupe bourré de talent est disponible ici.
